Pinocchio porte du mystère

Pinocchio – porte du mystère
Pinocchio… ce simple nom évoque un imaginaire enfantin, façonné par l’histoire de ce pantin de bois aspirant à devenir un « vrai petit garçon ». Mais est-ce vraiment tout ce qu’il y a à voir dans cette œuvre ? Joël Gregogna, en fin connaisseur des symboles, nous entraîne bien au-delà de la naïveté apparente du conte de Collodi – dont nous ne possédons aucune preuve de son appartenance à la Fraternité –, révélant Pinocchio comme une figure initiatique, un être en devenir dont le parcours illustre les grandes étapes de la connaissance et de l’évolution spirituelle. À la manière des grands récits symboliques, Pinocchio est un chemin d’épreuves, une progression vers la lumière. Gregogna souligne combien ce conte s’inscrit dans la lignée des grandes œuvres initiatiques, aux côtés du Serpent vert de Goethe ou du Petit Prince de Saint-Exupéry. Plus qu’un simple pantin désobéissant, Pinocchio devient l’allégorie de l’âme en quête de perfection. De la matière inerte à la conscience éveillée, de l’illusion au réel, son itinéraire traverse des étapes qui rappellent les degrés d’un parcours initiatique. Le pantin de bois, conçu par la main du vieux menuisier Geppetto, n’est pas sans évoquer l’argile façonnée par le Grand Architecte, la matière première que le travail initiatique doit transformer. À travers ses mésaventures, Pinocchio est confronté aux tentations du monde profane : l’oisiveté du Paese dei Balocchi (le Pays des Jouets), la duperie du Renard et du Chat, ou encore la toute-puissance du ventre de la baleine, figure du chaos primordial d’où il doit renaître. Il est l’enfant de l’errance et du mensonge, mais aussi celui de la quête d’unité. Chaque épreuve devient un seuil à franchir, un enseignement à recevoir, une purification nécessaire. Joël Gregogna ne s’arrête pas à une simple lecture symbolique. Il inscrit Pinocchio dans une réflexion plus large sur la condition humaine. La question de la vérité et du mensonge traverse l’œuvre comme une colonne vertébrale. Le nez du pantin qui s’allonge lorsqu’il trompe son entourage est un emblème de la déformation du réel. L’auteur explore avec finesse la « nature théologique du mensonge » et la dimension gestuelle de ce dernier. Pinocchio doit apprendre à voir au-delà des illusions du monde, à discerner la réalité sous les apparences trompeuses. L’illusion, thème central du conte, prend une résonance particulière dans l’approche de Gregogna. En s’interrogeant sur les limites du temps et de l’espace dans le récit, il met en lumière la structure mythique du conte. C’era una volta… Ce fameux « Il était une fois… » nous plonge dans une temporalité suspendue, où le mythe devient un outil de connaissance. Le pantin qui prend vie, devient âne, puis renaît sous sa forme humaine n’est-il pas une métaphore des cycles de l’initiation, où chaque étape est à la fois mort et résurrection ? Mais Pinocchio ne se contente pas de nous emmener sur les sentiers de la contemplation. L’œuvre de Collodi, tout comme l’analyse qu’en fait Joël Gregogna, est profondément ancrée dans une réalité sociale et politique. L’Italie de la fin du XIXe siècle, en pleine réunification, cherche son identité. Pinocchio, enfant sans repères, oscillant entre bêtises et remords, symbolise une nation en construction, tiraillée entre son passé et son avenir. L’éducation, la faim, la pauvreté, la morale, sont autant de thématiques qui traversent le conte, et qui trouvent un écho saisissant dans notre époque. L’auteur nous invite ainsi à voir Pinocchio comme un livre de la philosophie de l’action. Si le pantin devient un « vrai petit garçon », ce n’est pas uniquement par la grâce d’une fée bienveillante, mais bien parce qu’il agit, parce qu’il décide de son propre destin. L’action juste, guidée par la raison et le cœur, devient le véritable moteur de la transformation. C’est là une leçon profondément maçonnique : le travail sur soi, la quête d’amélioration, la capacité à transcender l’ignorance pour parvenir à la lumière. Pour l’initié, l’ouvrage de Gregogna résonne comme une invitation à la méditation. Les symboles, omniprésents dans le conte de Collodi, trouvent un écho dans la démarche maçonnique : le bois brut qui doit être dégrossi, l’apprentissage par l’épreuve, le voyage initiatique semé d’embûches. La métaphore du pantin qui devient un être autonome rappelle étrangement la transformation opérée par l’initiation. L’abandon des métaux, évoqué dans l’ouvrage, est une étape incontournable du processus initiatique : il s’agit de se délester du poids des illusions et des conditionnements pour renaître à soi-même. Joël Gregogna explore aussi les rapports entre Pinocchio et le ternaire, notion essentielle en Maçonnerie. Pinocchio, Geppetto et la Fée forment-ils une trinité symbolique ? Le chiffre trois, qui revient à plusieurs reprises dans le conte, n’est-il pas la clé d’une harmonie universelle ? À travers une analyse subtile et documentée, l’auteur nous convie à décrypter ce conte avec un regard nouveau, où se mêlent quête spirituelle, critique sociale et philosophie de l’action. Avec Pinocchio – porte du mystère, Joël Gregogna nous offre bien plus qu’une exégèse d’un conte populaire. Il nous tend un miroir, un espace de réflexion où chacun peut puiser des enseignements profonds. Pinocchio n’est pas un simple récit pour enfants… C’est un texte initiatique, un chemin vers la connaissance de soi et du monde. L’approche de Joël Gregogna, à la fois érudite et accessible, dévoile toute la richesse symbolique de cette œuvre intemporelle. En refermant ce livre, une certitude demeure : nous sommes tous, à notre manière, des Pinocchio en devenir, cherchant notre propre vérité au gré des épreuves de l’existence. Et si la véritable initiation consistait à devenir, enfin, ce que nous sommes vraiment ? Pinocchio – porte du mystère Joël Gregogna – Éditions Dervy, 2025, 240 pages, 21 €
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